• Dream or Reality ?

    Ce texte a été écrit à l'occasion de la session d'EklaBugs de Juin 2017, sur le thème Rêves.
    Ce texte n'étant pas le principal pour la session Rêves, il se retrouve classé dans le rab d'EklaBugs. Ce qui était d'ailleurs mon but.

    Bonne lecture !

     

    J'ai fait un drôle de rêve. Un rêve dans lequel toute chose autour de moi s'écroulait. Le genre de rêves qui fait réfléchir. Quand j'en ai discuté avec des amis, ils m’ont dit que ce n'était qu'un rêve, que jamais cela se déroulera. Pourtant, une partie de moi refusait de les croire. Alors j'ai décidé d'aller demander à des « spécialistes ». Pas des charlatans de première zone, des « spécialistes ». Certes, ils prennent tarif, mais comme il s'agit de leur job, on peut leur faire confiance. Et à nouveau, les avis divergent. Certains disent que ce n'est qu'un rêve, dans lequel j'ai vu un monde imaginaire. D'autres disent qu'il s'agirait d'une prémonition d'un futur proche.

    J'ai décidé de croire au deuxième avis que l'on m'avait donné. Mais je ne le montrais pas plus que cela. Avec des amis, on est partis en voyage. Loin. Très loin. Pour sauver la mère de l'un d'entre nous. Nous sommes partis à six. Dans mon rêve, nous ne revenions qu'à quatre. J'avais peur. Mais rien ne pouvait le laisser transparaître. Je faisais en sorte que personne ne sache que je croyais à mon rêve. Et même parmi nous, les avis divergeaient aussi. Nous n'étions que deux à croire à mon rêve. Et dans les deux personnes à y croire, je suis incluse. Autant dire que les autres s'en fichaient royalement. Alors, quand nous le pouvions, nous en parlions, lui et moi. Cela nous avait même rapprochés. Très rapprochés même. Car il faut le savoir, j'étais la seule femme du groupe.

    Le voyage fut long. Cinquante jours à courir jusqu'en Égypte. Et ce n'était pas de tout repos. Quelqu'un voulait nous mettre des bâtons dans les roues. Alors nous devions toujours faire attention, peu importe où nous étions, peu importe avec qui nous étions. La confiance était une denrée rare, et seuls les membres du groupe pouvaient avoir la confiance des membres du groupe. La trahison était inenvisageable. Pas après toutes les péripéties que nous avions pu vivre. Nous avions évité la mort dans le crash d'un avion, par noyade, par asphyxie, etc. Ce dont nous étions sûrs, c'est que quelqu'un employait bel et bien d'énormes moyens pour empêcher notre arrivée en Égypte. Nous avions dû laisser un camarade derrière nous. Blessé mortellement. De six, nous passâmes à cinq. Enfin, c'est ce que nous croyions. Juste avant d'arriver en Égypte, ceux qui n'étaient pas au courant furent mis au parfum : la blessure n'était pas si mortelle que cela. Alors de cinq, nous passâmes à six. Mais l'angoisse qui hurlait au creux de mon ventre était toujours là. Et le fait d'être toujours aussi nombreux me faisait toujours peur. Car j'allais perdre des amis. Mon petit ami - nous avions dépassé le stade de l'amitié, à force de parler du futur que j'avais vu dans mon rêve - tentait de me rassurer du mieux qu'il pouvait. Mais le pot aux roses fut découvert par les quatre autres : j'étais trop instable émotionnellement et j'avais éclaté en sanglots. C'est là qu'ils prirent conscience que j'avais peut-être pu entrapercevoir le futur. Alors ils firent venir du renfort. Un chien rejoignit notre bande de joyeux lurons. De six, nous fûmes sept. Donc, si les calculs étaient exacts, j'allais perdre trois de mes compagnons.

    L'Égypte s'étendait devant nous. Nous pensions pouvoir souffler un peu. Ne serait-ce que trente secondes. Trente petites secondes. Mais cela nous fut impossible. À peine arrivée, nous étions encore une fois attaqués. Et les pertes furent dures. Pas de morts. Mais elles furent dures. Pour moi en tout cas. Mon petit ami finit aveugle lors de cet affrontement. Je ne pouvais plus en supporter d'avantage. C'était la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Je pétai un câble. LE câble. Le type qui venait de l'amocher finit salement amoché lui-aussi. Manger des uppercuts, des crochets et des coups de pied bien placés, ça n'aide pas non plus à ne pas finir amoché. Les mecs se mirent à ne plus me regarder de la même façon. Enfin, ceux qui le pouvaient encore. J'avais été plutôt sage pendant le voyage, si on compare mes maigres actions par rapport à ce qu'il vient de se passer.

    Je n'abandonnais pas mes amis. C'était juste que je ne pouvais pas rester loin de l'homme que j'aimais, alors qu'il était dans un sale état. Nous nous séparâmes. En nous faisant la promesse de se retrouver dès que tout irait mieux de mon côté. Le groupe de sept se scinda en groupes de deux et de cinq. Lui et moi passâmes beaucoup de temps à l’hôpital. Surtout pour que ses yeux guérissent. Enfin, guérir est un bien grand mot. Au moins le temps nécessaire pour éviter que la blessure qui avait causé sa cécité ne se rouvre au moindre mouvement accidentel.

    Deux semaines s’étaient écoulées lorsque nous nous mîmes en route pour rejoindre les autres. Cependant, les choses ne furent pas aisées à notre retour. Celui qui nous mettait des bâtons dans les roues depuis le début se trouvait dans la capitale. Et proche de l’endroit où nous avions rendez-vous. L’indice qui nous mis la puce à l’oreille ? L’état du chien lorsqu’il nous rejoignit. Il avait repéré un ennemi, l’avait suivi pour lui coller une bonne raclée, mais avait quand même pas mal dégusté. Alors nous décidâmes tout de même de poursuivre nos recherches. Il voulait nous mettre des bâtons dans les roues ? Nous allions lui rendre la monnaie de sa pièce.

    Nous le trouvâmes finalement à la tombée de la nuit. Et mon sang ne fit qu’un tour. Et mon cerveau s’embrouilla. Tout devint clair à mon esprit. C’était lui qui avait fait en sorte que je vois le futur. Je le devinais à son sourire lorsqu’il posa les yeux sur moi. Je me mis à trembler. La peur qu’il instaurait s’était engouffrée en moi. Mes amis se rassemblèrent autour de moi. Comme pour faire barrière à cette peur. Cela fit effet. Un très léger effet certes. Mais un effet tout de même. Par ce simple geste, je savais que je pouvais compter sur eux. Mais toute cette scène tourna court. Il fallait en finir. On savait à quoi s’attendre. On ne savait pas qui n’en reviendrait pas. Ou presque. Je survivrai. C’était la seule certitude.

    Nous nous ruâmes sur notre ennemi. Tous ensembles. Il riposta sans que nous puissions le voir. Et nous sépara. En trois groupes. Mon cœur se serra. Je sentais qu’il allait y avoir un mort dans chaque groupe.

    Mon pressentiment s’avéra juste. Je ressentis la première mort. Je compris qui venait de disparaître. Je ne devais pas pleurer maintenant. Mais les larmes refusèrent de se plier à cette idée. Puis survint la deuxième mort. Je laissais les larmes s’exprimer lorsque je sus qui venait de quitter la Terre sur laquelle je vivais. J’avais eu de la chance quand il nous avait séparés. Je m’étais retrouvée avec mon homme. Il me tira par le bras. On ne devait pas rester dans le bâtiment dans lequel nous avions commencé notre combat. Mais le malheur s’abattit sur nous. Je savais qui était la troisième personne qui mourrait. Les deux morts précédentes s’étaient abattues sur les deux autres groupes. Et nous n’étions que deux dans mon groupe. Lui et moi. C’était lui qui nous quitterait en dernier. Je ne pouvais que retarder l’échéance. Alors je pris sur moi. Fini les larmes pour ceux déjà partis. Je devais me concentrer sur celui qui partirait.

    Le temps me rattrapa. Il nous avait rejoints. Et il savait comment agir. Me viser moi, pour obliger mon homme à ma protéger. Et ça ne loupa pas. Le combat faisait rage entre eux. Je connaissais l’issue de ce combat. Et je ne la vis jamais arriver. Je ne vis jamais le coup fatal. Il fut si rapide pour mes yeux. Je voyais mon homme encore debout. L’instant d’après, il avait un énorme trou vomissant de sang en plein ventre. J’hurlai de toute mon âme. Mon cri de douleur. Mon cri du cœur. Je ne tenais plus sur mes jambes. Elles se dérobèrent sous mes pieds. La personne qui possédait mon cœur venait de mourir sous mes yeux. C’était trop pour moi. Je venais d’accumuler tellement de douleurs sentimentales en à peine quelques heures, que mon cerveau lâcha. Tout devint sombre autour de moi. Je me souviens juste des mains qui m’empêchent de m’étaler comme une merde sur le sol, avant le noir total.

    Le réveil fut douloureux. Mon corps entier m’élançait. Le soleil se levait à peine. Je pouvais le voir à travers la vitre du camion ambulance qui me transportait. Je pensais avoir rêvé de tout cela. Mais l’ambulance me ramena brutalement à la réalité. Je me redressai tant bien que mal. Et mes yeux se posèrent sur le sac mortuaire à côté de moi. Les ambulanciers avaient dû monter dans une autre ambulance, car il n’y avait personne d’autre que moi dans l’ambulance. À part le chauffeur et moi en réalité. J’ouvris le sac. Un peu. Et je n’allai pas plus loin. J’avais reconnu la tenue. Je savais qui était dans ce sac. Et je comprenais pourquoi on m’avait laissée seule. Je n’avais pas eu le temps de le pleurer. On me le donnait. On m’en donnait suffisamment pour le pleurer. Je savais que je devrai désormais avancer sans lui. Mais au plus profond de moi-même, je savais qu’il sera toujours là, à mes côtés, pour me soutenir tout au long de ma vie.

    La morale de ce voyage nous permit, à nous les quatre survivants, de prendre conscience d’une chose : les rêves sont parfois des indices concernant le futur. D’ailleurs, je ne vous ai pas dit ? J’ai encore vu la mort assombrir le paysage. Mais cette fois-ci, je sais où aller. Et surtout. Je sais comment gérer la situation.


  • Commentaires

    1
    Jeudi 29 Juin à 00:51
    Super ton histoire. Ca donne de l'espoir si les rêves sont infaillibles (enfin tout dépend lesquels).
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